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Lan Ol, de Sotsikom
Van et Choeun de Prey Veng
Seun Kai, étudiante à Pouk

Journée de la lèpre célébrée au Cambodge

Au Cambodge comme ailleurs, les personnes atteintes par la lèpre continuent d’être rejetées par la société. Chaque année, la Journée mondiale de la lèpre permet de rappeler que la maladie, une fois traitée, n’est plus contagieuse. A cette occasion, le 24 janvier 2018, les équipes de CIOMAL ont organisé au centre de réhabilitation de Kien Khleang (KKLRC) à Phnom Penh des festivités. Plus de 60 anciens malades sont venus de tout le pays pour danser et chanter. Témoignages.

Lan Ol, de Sotsikom, province de Siem Reap
Lan Ol n’a plus de nez. Honteux de son état, il se tient toujours à l’écart, seul, et ne parle que très peu. Père de trois enfants, il a été attaqué en 2015 de manière foudroyante par une lèpre multi-bacillaire. Toute sa famille lui a alors tourné le dos. Défiguré, rongé par la maladie, il s’est retrouvé hors de la maison, avec pour seul bien, une minuscule barque sur laquelle il a élu domicile, se cachant dans les broussailles sur les eaux du Tonlé Sap. « Les bonzes de la pagode m’apportaient un peu de nourriture, et parfois de l’argent. Un jour, un marchand de pain a alerté la Croix Rouge qui m’a référé au chef du village. Ce dernier a appelé CIOMAL, c’est ainsi que je me suis retrouvé au centre de KKLRC et que j’ai été traité. Ce 24 janvier 2018, Lan Ol, en traitement à KKLRC, a participé aux festivités. Entraîné par ses pairs, il a fini par danser toute l’après-midi. « Je me sens ici comme dans une grande famille, personne ne me juge, je n’imaginais pas pouvoir un jour trouver un tel environnement. »

Van et Choeun de la province de Prey Veng
Van et Choeun sont tous deux atteints de la lèpre. Alors qu’il était venu soigner un ulcère en 2015 au centre de KKLRC, Van remarque Choeun, elle aussi en traitement. Envoûté par la beauté de la jeune femme, il ne la quitte plus des yeux. « Je n’avais rien remarqué », affirme Choeun, en riant. Elle venait de quitter un mari violent. Au bout d’une semaine, Van, guéri, doit partir. Il obtient le numéro de son élue, et ne manque pas de lui murmurer des mots doux au téléphone. D’abord surprise, Choeun est vite conquise. « Il est venu m’attendre à la sortie de l’hôpital et je suis partie vivre chez lui à Prey Veng. La vie n’est pas facile tous les jours, nous nous occupons de cochons de vaches, de poules, mais nous nous aimons et nous entraidons. » Durant les festivités, les deux amoureux n’ont cessé de danser.

Seun Kai, étudiante à Pouk, province de Siem Reap
« J’avais 15 ans quand j’ai appris que j’étais atteinte de la lèpre. Pour moi ce mot signifiait rejet, exclusion, honte. Le monde s’est effondré sous moi, j’ai voulu mourir. J’ai été amenée au centre de KKLRC pour être soignée, et c’est là que j’ai découvert un univers jusque là inconnu. Toutes ces personnes sans mains sans pieds, parfois sans visages, semblaient pourtant pleines de courage ! Avec ma jambe insensible qui trainait, je pouvais m’estimer chanceuse en comparaison. Alors j’ai décidé de me reprendre en mains. »

Aidée par une bourse d’études de CIOMAL, Seun Kai poursuit sa scolarité, mais là aussi elle doit faire face au rejet de la part de ses camarades. Lors d’une visite il y a deux ans, les assistants de CIOMAL décident de mener une campagne d’information à l’école. Depuis, la jeune fille est intégrée grâce à l’intervention des professeurs.

« Je veux devenir enseignante, je veux faire connaître mon histoire, et lutter contre la stigmatisation. » Dotée d’une voix sublime, Seun Kai est appelée à chanter dans les mariages. A l’occasion du 24 janvier, elle a rejoint l’orchestre. « Cette journée est très importante pour les personnes atteintes de la lèpre. Chez eux, ils n’osent pas danser ainsi de peur d’être rejetés. »