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Reportages

Nuth Hy- sa femme et leur petite fille devant leur nouvelle maison
Ancienne chaumière de Nuth Hy
Maison en construction

L’heureux destin de Nuth Hy et de sa famille

Ce pourrait être l’histoire d’une Cendrillon version masculin. Dans sa chaumière faite de feuilles de palmiers, transpercée de pluie lors des orages, décoiffée par les tempêtes, exposée aux malfaiteurs et aux brigands, jamais Nuth Hy n’aurait imaginé pouvoir un jour abriter sa femme, ses enfants et ses petits-enfants dans de vrais murs et les protéger avec une vraie porte en dur. Aujourd’hui, c’est chose faite.

Agé de 50 ans, Nuth Hy est originaire de Kraing Skea, dans la province de Kampong Chhnang au Cambodge. Père de cinq enfants, deux fois grand père, il survit en livrant du charbon de bois.

C’est fort certainement durant le régime des Khmers rouges (1975-1979) qu’il aurait contracté la lèpre. «On m’avait assigné à travailler avec un homme qui portait de nombreux stigmates de la lèpre. Seulement, à l’époque, j’étais très jeune et je ne connaissais rien de cette maladie, se souvient-il. Ma seule préoccupation était de ne pas mourir de faim.» Ses parents sont décédés durant les années de Pol Pot et lui-même, comme ses frères, a été marié de force.

Après 1979, de retour au village, alors qu’il travaille dans les rizières, Nuth Hy remarque des lésions sur son épaule par ailleurs engourdie. Pensant qu’il s’agit d’une banale maladie de la peau, il ne s’en soucie guère. Apparaît une nouvelle tache indolore sur son visage, puis sa main droite se recroqueville, il perd l’usage de son pied droit devenu inerte et ne parvient plus à fermer son œil droit. Il se rend au centre de santé local, mais on ne trouve pas ce qu’il a. Il s’adresse alors à des guérisseurs traditionnels, en vain. Deux de ses frères présentant les mêmes signes que lui, il pense qu’il s’agit d’une maladie héréditaire.

Ne sachant que faire, il poursuit sa vie cahin-caha, d’autant que durant les années qui suivent la chute des Khmers rouges (1979-1998), la guerre civile bat son plein et sa région, particulièrement exposée, est difficilement accessible.

Ce n’est qu’en 1992 qu’une équipe médicale arrive au village et le diagnostique, ainsi que ses frères, avec la lèpre. Ebranlé, désespéré, il apprend que de nombreux membres de son village sont aussi atteints. Il suit un traitement durant deux ans. En 2014, il est envoyé par une équipe ambulante de CIOMAL au centre de réhabilitation de Kien Khleang, à Phnom Penh, pour une série de chirurgies correctives. Sur place, l’équipe sociale de CIOMAL le repère et le propose, en raison de son extrême pauvreté, pour un parrainage en vue de la construction d’une maison.

Les travaux commencent fin 2015 et se terminent au printemps 2016. Ce nouveau statut lui a permis d’être reconnu dans sa communauté et de ne plus être marginalisé. Désormais, ses petits enfants ne sont plus exposés aux dangers et peuvent dormir tranquilles dans les bras de leurs grands-parents.