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Ann Aerts

La détection précoce comme moyen de lutte contre la lèpre

Le CIOMAL, en partenariat avec la Fondation Novartis, a lancé un projet pilote de détection précoce de la lèpre, le «Contact Tracing» au Cambodge : les équipes médicales se rendent auprès des patients nouvellement détectés afin de dépister dans l’entourage des nouveaux cas de lèpre et de les traiter le plus rapidement possible, ce pour éviter une propagation du bacille à des personnes saines. Interview de Ann Aerts, directrice de la Fondation Novartis.

La lèpre fait partie des «maladies tropicales négligées». Pourquoi?
Car le nombre de personnes atteintes est relativement faible comparé aux maladies comme la TB ou le VIH. Pour la lèpre, on est passé de 6 millions par année à environ 200'000.

Pourquoi la fondation Novartis s’implique-t-elle dans cette lutte?
Novartis (CIBA et Sandoz à l’époque) est à l’origine de la découverte de deux des médicaments constituant la trithérapie destinée à guérir de la maladie.A travers l’OMS, Novartis assure depuis 2000 la distribution gratuite de la multi-thérapie pour tous les patients atteints de la lèpre dans le monde, ce qui a permis une diminution de 90% du nombre de malades.

Sur quoi la fondation axe-t-elle ses priorités aujourd’hui?
Pour l’instant, il n’y a aucun moyen de détecter objectivement la maladie, en dehors des symptômes cliniques qui peuvent apparaître jusqu’à 20 ans après l’infection. Entretemps, la personne peut déjà être contagieuse.Notre priorité est de démontrer que la détection précoce, «Contact Tracing», puis le traitement préventif des cas dépistées est possible : nous avons lancé des programmes dans six pays en Asie, Afrique et Amérique du Sud. Cela permettra à terme de baisser la courbe d’incidence de la maladie.Et dans le cadre de notre stratégie qui vise la «transmission zéro», nous planchons sur les caractéristiques principales nécessaires pour un test diagnostique.

Quels sont les principaux obstacles à l’élimination de la lèpre?
La maladie est devenue rare, donc il n’y a plus beaucoup d’expertise dans le monde. Personne ne pense à la lèpre lorsqu’elle a une lésion simple, non-douloureuse de la peau. Alors la transmission continue. A cela s’ajoute le manque de volonté politique, les gouvernements ne veulent plus dépenser leurs ressources limitées à une maladie devenue rare.

Est-ce une utopie de parler d’éradication de la lèpre?
En Occident, la maladie a été éliminée, mais comme il ne s’agit pas de toute la planète, on ne peut pas parler d’éradication.Je ne sais pas combien de temps cela prendra pour parvenir à une éradication mondiale car il s’agit d’une maladie latente qui peut ramper des années avant de se manifester. Ce qu’il nous faut à tout prix, c’est interrompre la transmission en identifiant le plus rapidement possible toutes les sources d’infection.