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Naima Azzouri/Maroc
Wu Yao Qiang/Chine
Kofi Nyarko/Ghana

La lutte contre la lèpre passe par la sensibilisation

Naïma Azzouri du Maroc, Wu Yao Qiang de Chine, Kofi Nyarko du Ghana sont tous trois atteints de la lèpre et luttent contre la stigmatisation au sein de réseaux dans leur pays. Témoignages.

Naima Azzouri/Maroc
«Dans mon pays, nous sommes vus comme des pestiférés. Les gens nous fuient, nous ne trouvons pas de travail, même les médecins refusent de nous soigner.»
Naïma Azzouri vient des montagnes de l’Atlas. Lorsqu’elle a 9 ans, ses mains se recroquevillent. Diagnostiquée, elle reçoit la trithérapie. Elle a 14 ans lorsque ses parents décèdent, elle est recueillie par un médecin français d’un hôpital de Casablanca, elle y vit pendant 10 ans, puis part travailler chez une Française.
Mariée «avec le frère d’un lépreux», Naïma est mère d’une fille et d’un garçon. Elle est membre d’une petite association qui assiste les PAL et leur famille. «Nos actions sont très limitées, car nous ne recevons aucun soutien financier. Les médecins continuent d’avoir peur de travailler avec nous. Moi-même je cache ma maladie, il y a un énorme travail de sensibilisation à faire afin que nous ne soyons plus stigmatisés.»

Wu Yao Qiang/Chine
«En Chine, le gouvernement mène des campagnes de sensibilisation uniquement dans les régions développées. Dans les campagnes, les villages de lépreux existent toujours. Les gens y vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Les enfants sont rejetés des écoles, les villageois organisent des manifestations contre les personnes atteintes de la lèpre (PAL) et leurs familles. Le gouvernement reste passif.»
Wu Yao Qiang est diagnostiqué en 1975 à l’âge de 19 ans. La trithérapie (MDT) n’existe alors pas encore, et Wu Yao Qiang est envoyé vers la léproserie de Yangchun. Il ne reverra plus sa famille pendant plus de 20 ans. Envahi par le désespoir, il reprend pied petit à petit, encouragé par ses compagnons d’infortune.
Aujourd’hui, Wu Yao Qiang est membre du Comité de HANDA (une association qui se bat la réhabilitation et les droits des PAL). Il vit toujours dans sa léproserie avec sa femme. Leur fille unique étudie «incognito» à l’université, elle vient les voir de temps en temps.
 
Kofi Nyarko/Ghana
«Au Ghana, la lutte pour les droits des PAL part des communautés. Nous agissons en réseaux.»
Kofi Nyarko est président de IDEA-Ghana – IDEA regroupe plus de 20'000 membres de 30 pays dans le monde, actifs dans la sensibilisation. Kofi Nyarko a aidé des centaines de Ghanéens atteints de la lèpre à réintégrer leur famille et leur village.
« A 13 ans, j’ai été envoyé à une léproserie car mes pieds et mes mains étaient devenus inertes. Je me suis retrouvé face à un homme dont les deux pieds avaient été amputés, il n’avait plus de doigts, j’étais en état de choc : je me voyais devenir comme lui. On m’a administré la trithérapie, puis des missionnaires sont venus me chercher et m’ont amené dans un centre pour enfants atteints de la lèpre. Là j’ai poursuivi ma scolarité.
A 15ans les missionnaires m’ont envoyé en Angleterre où j’ai reçu une formation d’enseignant. A mon retour, j’ai fondé une école pour handicapés. Je me suis marié, j’ai 4 enfants. L’aîné commence l’université.»