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Le samourai khmer contre la lepre

Il a la solidité du roc, la force du lion et la souplesse du bambou. Chann Saren, survivant des camps khmers rouges, a passé sa vie à traquer les premiers symptômes sur les peaux de milliers de Cambodgiens, afin de leur éviter les affres d’une maladie invalidante : la lèpre.

Originaire de Battambang, Chann Saren est un homme de terrain, un Khmer des campagnes, capable de s’adapter et de résister à toutes sortes de situations. Embrigadé comme adolescent dans les travaux forcés sous les khmers rouges (1975-1979), il fuit vers les camps de réfugiés en Thaïlande durant la guerre civile qui a duré jusqu’en 1996. C’est là qu’il reçoit une formation d’orthopédiste, puis d’infirmier, ainsi que des cours
d’anglais. C’est aussi là qu’il commence à se familiariser avec la lèpre, puisque sa mère est atteinte.

En 1994, de retour au pays, il est recruté par Malteser International. Chargé de prodiguer la rifampicine aux personnes atteintes par la lèpre, il doit s’enfoncer dans des provinces toujours déchirées par la guerre : Bantey Meanchey, Odor Meanchey, Pursat, Kratie, Mondolkiri, Rattanakiri. « Il n’y avait pas de routes à l’époque, ony accédait par bateau. Il y avait des mines partout, les Khmers rouges y régnaient en maîtres, personne ne
voulait s’aventurer dans ces régions. »

« Sur place, j’étais accompagné d’un chef de village ou de province, nous devions traverser pendant des jours des jungles épaisses à pied ou à moto (des grosses motos qui faisaient beaucoup de bruit), en évitant les pièges de bambous. J’étais rongé par le paludisme. Nous dormions avec les minorités en pleine forêt sans moustiquaire. C’étaient tous des Khmers rouges. Tous les jours, je découvrais des cas de lèpre. A Rattanakiri, en 3 mois, j’ai détecté 146 cas. Les minorités avaient leurs croyances animistes et refusaient de prendre les médicaments, il a fallu que je travaille des mois, des années à les convaincre de l’efficacité de la rifampicine. »

La frousse de sa vie, Saren l’a eue à Rattanakiri : « je traversais la jungle avec le responsable régional Yei Soy, tout le monde savait qu’il avait été un important responsable Khmer rouge. Nous sommes arrivés dans un camp en pleine forêt, j’avais été impressionné par la propreté et l’organisation de ce camp. Il y avait plusieurs cas de lèpre, j’ai administré le médicament, puis nous avons continué notre chemin. Ce n’est qu’à mon retour dans le chef-lieu que j’ai appris que Yei Soy m’avait amené dans un camp militaire khmer rouge, j’ai eu un choc ! »

Sa vie trépidante n’a pas empêché Saren de se marier en 1998, puis de rejoindre CIOMAL qu’il ne quittera plus. « J’ai été sensibilisé très jeune par la situation de la mère à la stigmatisation liée à cette maladie. D’autres personnes de ma famille ont aussi été touchées. Moi-même, j’ai détecté les premiers signes sur mapeau en 2008, mais je me suis immédiatement soigné. Je ne m’imagine pas travailler dans un autre domaine. Il y a encore
tellement à faire au Cambodge. Je reste convaincu que dans des coins difficiles d’accès, comme Rattanakiri, la lèpre est encore très présente.
»