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Love story à Battambang

Ils vivent dans une petite maison faite de bois et de bambou, couverte de tôle ondulée. A priori, rien ne distingue ce couple serein de leurs voisins vivant à l’orée de la ville de Battambang.

Ils vivent dans une petite maison faite de bois et de bambou, couverte de tôle ondulée. A priori, rien ne distingue ce couple serein de leurs voisins vivant à l’orée de la ville de Battambang. Pourtant, Cham Samnang et son épouse Sim Ra ont une histoire hors du commun. Tous deux ont été atteints de la lèpre. Aujourd’hui, ils doivent toutefois adapter leur vie quotidienne aux séquelles qu’ils portent l’un comme l’autre. 

Sim Ra avait à peine 17 ans lorsque les premiers symptômes de la maladie – des boutons blancs - sont apparus sur son corps. C’était en 1990, elle vivait à Prey Veng. Mais ce n’est que 13 ans plus tard qu’un médecin l’a envoyée au centre de réhabilitation de Kien Khleang, dirigé par le CIOMAL, à Phnom Penh. Là, elle a subi plusieurs opérations aux doigts qui s’étaient tordus et aux yeux dont les paupières ne se fermaient plus. Aujourd’hui, elle a recouvert la mobilité, mais doit faire très attention car d’importantes surfaces de ses jambes et de ses bras sont devenues insensibles. Elle risque donc de se brûler ou de se blesser sans s’en apercevoir, puis de s’infecter dangereusement. 

C’est à Kien Khleang qu’elle rencontre son actuel mari Cham Samnang. Ce dernier porte des séquelles encore plus profondes. Lorsque des boutons blancs étaient apparus sur son corps, alors qu’il était enfant, on lui a donné de la pénicilline. En 1995, le monde s’effondre autour de lui lorsque le diagnostic tombe : la lèpre. Déjà, son visage est déformé, ses mains ne sont plus que des moignons, ses pieds, devenus insensibles, pendent, l’empêchant de marcher. 

Son père entend parler de Kien Khleang et l’y expédie dès 2000. Les opérations et les traitements s’enchaînent 5 années durant, car Cham Samnang a aussi plusieurs ulcères aux pieds, qui se sont développés suite à des blessures lors du travail dans les cultures.

En dépit de ses maux, Cham Samnang ne manque pas de remarquer la jolie et discrète Sim Ra dans les couloirs de l’hôpital. Commence alors une cour assidue. Sim Ra, d’abord réticente, finit par succomber à la patience et à la gentillesse de son prétendant. 

En 2005, le couple s’installe à Battambang. Un garçon, Chan Visal, naît de cette union. Le couple vit d’abord en concubinage mais la croyance au Cambodge veut que les couples non mariés sont visités par les fantômes. Dès qu’il l’a pu, Cham Samnang a offert à sa femme une cérémonie religieuse pour éloigner les mauvais esprits de la maison.

Un autre enfant doit voir le jour fin 2014. Sim Ra travaille comme femme de ménage à la clinique pour tuberculeux de Battambang pour 140 dollars par mois. Cham Samnang travaille comme moto-taxi pour  environ 2,5 dollars par jour.