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Reportages

Sophea et sa famille

Sophea lutte contre le silence qui entoure la lèpre

« Même si nous sommes atteints de la lèpre, nous avons les mêmes droits que les autres. Nous ne devons pas nous laisser mettre en marge de la société. Nous devons nous imposer, nous comporter et agir comme tout le monde ! » C'est en ces termes que Sophea Leng s'adresse aux nombreux patients venus se faire soigner au centre de réhabilitation pour les malades de Kien Khleang (KKRLC) à Phnom Penh.

Sophea est un ancien malade de la lèpre, arrivé à KKRLC en 2003. Il y a subi une série d'interventions chirurgicales car ses yeux, ses mains, ses jambes étaient gravement endommagés. Il n'est jamais reparti.

Avec ce mélange de douceur extrême, de fragilité et de fermeté qui constitue sa personnalité, Sophea est devenu un pilier social et psychologique du centre de Kien Khleang. Fort de son expérience personnelle, il a décidé d'aider ses semblables à se rapproprier leur vie dans un monde dont ils sont devenus des parias.

Aujourd'hui, la lèpre est totalement guérissable, mais cette maladie dont l'évocation remonte aux textes bibliques continue de réveiller dans l'inconscient collectif des terreurs irrationnelles.

Sophea connaît bien le phénomène : issu d'une famille très pauvre, il est envoyé enfant dans une pagode pour pouvoir accéder à une instruction. Il y prend l'habit de moine. C'est alors que la maladie se manifeste, plongeant le tout jeune homme dans le désespoir. « Ma vie a basculé, j'étais rejeté, je vivais reclus dans ma cellule, n'osant plus affronter le monde extérieur. Je voulais mourir. »

C'est durant son séjour à KKRLC que Sophea se reconstruit et trouve un sens à sa vie en transmettant l'espoir aux autres malades. Ainsi, il organise avec eux des excursions au marché, au cinéma, ou simplement des promenades au bord du fleuve. « Mon but est de donner un visage humain à notre maladie. Pour cela, il faut confronter le monde extérieur, parler avec les gens, les apprivoiser afin qu'ils cessent d'avoir peur. Mais nous devons commencer par nous-mêmes. »

Sophea, aujourd'hui marié et père de trois enfants, diplômé de l'université et assistant du projet de réhabilitation économique et sociale du CIOMAL, a été invité à témoigner dans des conférences internationales aux Philippines, à Bali, en Corée du sud. « La discrimination prend les formes les plus inattendues, explique-t-il. J'ai connu des anciens malades qui n'ont pu inscrire leurs enfants au registre civil car ils n'ont plus de doigts et ne peuvent donc apposer leur pouce pour la signature. ». Les handicaps dus à la maladie peuvent être terribles.

« Je me bats pour que la situation des personnes atteintes de la lèpre soit reconnue dans le monde entier. Mais il faudrait déjà que notre propre gouvernement s'implique. »