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Léproserie, New Dehli 2012

Une vie dédiée au combat contre la lèpre

Yohei Sasakawa, président de la Nippon Foundation, parcourt la planète pour donner un visage humain à l’une des plus vieilles maladies du monde et contribuer à son élimination. En juin, il organisait à Genève un symposium auquel ont participé des personnes atteintes par la lèpre, des défenseurs des droits de l’homme, des juristes, des médecins. Interview. 

Parallèlement à ce symposium, le Conseil des droits de l’homme a voté une résolution, initiée par le Japon, portant sur l’élimination de la discrimination à l’encontre des personnes touchées par la lèpre. Etes-vous impliqué ?
Oui, je travaille dans les coulisses auprès de mon gouvernement. Déjà en 2010, une résolution avait été adoptée à l’unanimité au Conseil des droits de l’homme, mais elle n’avait pas de caractère contraignant. Cette nouvelle résolution est accompagnée de principes directeurs qui devraient être mis en œuvre par les Etats.

Comment est née votre fondation ?
C’était au lendemain de la 2ème guerre mondiale. Mon père avait créé la fondation pour participer à la reconstruction de notre pays dévasté. Dans notre village, vivait une très jeune fille qui a disparu un jour. Atteinte de la lèpre, elle avait été chassée. Mon père a été profondément choqué et il s’est engagé dans ce combat.

Et vous avez repris le flambeau. Pourquoi ?
Je m’étais rendu en Corée du Sud avec mon père pour l’inauguration d’un hôpital pour lépreux qu’il avait construit. Ce que j’ai vu alors m’a marqué à vie : des visages figés, désincarnés, desquels se dégageait un profond désespoir. Les corps semblaient avoir été vidés. Jamais je n’aurais imaginé qu’un tel monde puisse exister. Ce jour-là, ma vie a basculé.

Quelle est la situation au Japon aujourd’hui ?
La lèpre est éliminée, mais une discrimination invisible envers les anciens malades et leur famille persiste. Comme dans beaucoup de pays. Il est très important que les gens changent leur regard et leur mentalité.

Les personnes affectées par la lèpre tiennent à garder une mémoire des lieux où ils ont vécu. Pourquoi ?
Pour que le monde, les jeunes générations se souviennent de ce qu’ils ont subi et que cette tragédie ne se répète jamais. Sans ces lieux de mémoire, leurs histoires risquent de tomber dans l’oubli. Or ils veulent être acteurs de la société tout en revendiquant leur identité d’anciens malades de la lèpre.

Votre prochain défi ?
Que les personnes atteintes par la lèpre soient considérées comme personnes handicapées et jouissent des mêmes droits. Le chemin est encore long.
 
Au Cambodge, CIOMAL se bat aussi pour changer les mentalités afin que les personnes atteintes par la lèpre jouissent des mêmes droits que les personnes handicapées. Merci pour votre précieux soutien.